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Le fonds documentaire de Denise Majorel

Denise Majorel1Denise Majorel, la fondatrice de la galerie La Demeure à Paris, est morte à l’âge de 96 ans, le 15 juin 2014. Elle fut l’une des premières à défendre l’art tissé du XXe siècle.

Pour ceux qui voudraient redécouvrir son immense travail, sachez qu’en 1987, le fonds documentaire de la galerie est entré dans les collections du musée de la Tapisserie à Aubusson, pour partie acheté au nouveau propriétaire de la galerie, mais également grâce à un don de Denise Majorel elle-même. Grâce notamment à ce don de Mme Majorel, le centre de documentation conserve ainsi près de 200 dossiers d’artistes, des catalogues édités par La Demeure, les affiches et les dossiers de préparation des expositions et des manifestations organisées par la galerie (une cinquantaine de boîtes couvrant la période 1960-1979) et deux grandes photos, vues de tissage.

En 1944, à la galerie Jeanne Bucher, Denise Majorel rencontre l’architecte Jean Lurçat qui lui conseille de s’intéresser à la tapisserie plutôt qu’à la peinture, puisqu’elle désire ouvrir une galerie. Les deux premières expositions qu’elle organise se tiennent chez des particuliers où elle montre les œuvres de Lurçat, Saint Saens, Picart-le-Doux, Coutaud, Grommaire, Dom Robert. En 1947, elle fonde avec Jean Lurçat l’Association des Peintres Cartonniers de Tapisseries (APCT) pour donner ses lettres de noblesse à cet art souvent classé au rang d’artisanat.

En 1950, Denise Majorel ouvre sa galerie La Demeure, d’abord rue Cambacérès, puis au 6, place Saint-Sulpice où elle restera longtemps le lieu de référence pour de nombreux collectionneurs. Sa galerie devient un espace de rencontre entre peintres, sculpteurs, photographes, créateurs et liciers qui réfléchissent à la tapisserie comme art monumental et indépendant de la peinture. Ainsi des liciers ont accepté de prendre des risques par rapport à la tradition de leur technique et des artistes ont renouvelé totalement l’approche du travail de la fibre. Citons seulement la rigueur du Pierre Daquin, formé aux Gobelins et enseignant au CREAR, ou le catalan Josef Grau Garriga qui eut une grande place en France.

Dans une interview du numéro 17 de Textile/Art, à la question de son amour et de son enthousiasme pour la tapisserie, elle nous répondait avec humilité : « Oui, j’ai « défendu » la tapisserie contemporaine en tant qu’animatrice, simple « agent de liaison » entre les artistes, les liciers et les amateurs alors inexistants dans ce domaine, mais certains lissiers d’Aubusson m’ont aidée dans ma tâche. Je suis heureuse que vous ayez prononcé le mot « amour ». Pour moi, c’est le moteur principal, la qualité essentielle pour toute personne qui veut promouvoir l’art. »

La fermeture de la galerie de la place St Sulpice, en 1980, a fait suite au décès de sa fidèle collaboratrice, Madeleine David. Denise Majorel a, quelques années encore, défendu les artistes travaillant avec la fibre dans une galerie rue Mazarine.
Il y a un an, en septembre 2013, la galerie Chevalier à Paris rendait hommage à Denise Majorel avec une exposition consacrée aux artistes de la galerie La Demeure. Espérons qu’une exposition importante sera consacrée prochainement à l’immense travail qu’elle a mené.

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