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Historique de l’association

1976. Château de Montvillargenne à Gouvieux, près de Chantilly dans l’Oise.
La bâtisse abrite l’école d’art CREAR. Parmi les nombreuses disciplines proposées par l’école, se trouve la tapisserie (basse lisse) dans l’atelier dirigé par Pierre Daquin, artiste et lissier formé à la Manufacture des Gobelins, pédagogue de grande qualité. L’enseignement y est novateur et interroge la tradition.

Dans ce lieu voué au textile cohabitent l’espace de la création, où travaillent des lissiers professionnels, et celui de la formation et des stages. C’est dans cette ambiance silencieuse et feutrée que Pierre et plusieurs de ses élèves (Françoise Casanova, Renée Fourquez, Geneviève Goudot-Romain, Eliane Martin, Françoise Pelenc, Catherine Périn), tous passionnés de tapisserie, adhèrent avec enthousiasme à l’idée lumineuse de l’un d’entre eux, Michel Thomas (alors chercheur en biologie à la Faculté de Jussieu), de créer une association nommée Le groupe tapisserie et un bulletin d’information. Ce dernier prendra très vite le nom de DRI A DI (une technique de tapisserie) et deviendra quelques années plus tard le magazine Textile Art.

L’éditorial du numéro 0 met l’accent sur la volonté de « garder le contact … et de créer un lien plus fort entre les élèves de Pierre à qui l’apport des stages a été tellement essentiel ». Mais il insiste surtout sur l’espérance que la création de l’association donnera « les moyens d’envisager de multiples formes d’action : constitution d’un centre de documentation, édition de bulletins, de revues, de livres, aides aux expositions des membres de l’association… ». Le but général étant de regrouper aussi bien des professionnels (lissiers-créateurs, cartonniers) que des amateurs pour qui la tapisserie est une activité culturelle importante, afin d’aller à la rencontre d’un public qui est en train de se développer.

Dans l’effervescence autour de la tapisserie qui se manifeste durant l’année 1977, Le groupe tapisserie fait une première exposition de cinquante deux des membres de l’association, au FIAP (Foyer International d’Accueil de Paris) en avril.

Si le but de l’association est de « favoriser le développement et le progrès de la tapisserie en France », l’idée que l’art textile se doit d’être considéré à l’échelle mondiale est revendiquée. L’ambition du réseau grandit. Dans les numéros suivants il est précisé que, bien que le bulletin d’information DRI A DI, devenu une revue trimestrielle toujours réalisée bénévolement par les membres du Groupe Tapisserie, soit réalisée en direction des membres de l’association, il est ouvert à tous ceux qui dans le monde partagent cette sensibilité pour l’art et la création textile. La création contemporaine, aussi bien dans les domaines de la tapisserie, de la broderie, de la dentelle, de la mode, de la sculpture et de la peinture, que les textiles anciens et leur technique, la mythologie des fibres et des tissages, les costumes traditionnels, forment au sens propre un tissu d’étude et un champ de recherche.

Une rencontre importante a lieu en novembre 1979 à Cannes : le 1er Symposium Rencontre Art Textile. Le groupe Tapisserie s’est associé à la maison des Métiers d’Art français dans sa délégation régionale Alpes-Côte d’Azur, représentée par Catherine Brelet et au Groupe des Créateurs en Tapisserie, représenté par Odette Sansonnet. Cette manifestation est un début de reconnaissance et de contact avec les pouvoirs publics, au moment où le Ministère de la Culture et de la Communication se dote d’une délégation à la création sous l’égide de Michel Tourlière, lissier qui en 1946 a travaillé à Aubusson avec Lurçat, puis a enseigné à l’Ecole nationale de tapisserie d’Aubusson de 1947 à 1950 avant de devenir directeur de l’école et de diriger les Arts décoratifs de Paris à partir de 1970.

Le tout début des années 80 est l’affirmation de la revue dans le champ de l’art contemporain et dans celui de la réflexion sociologique sur la représentation du tissu. C’est une revue de qualité, bien illustrée, exigeante. Elle s’éloigne définitivement du monde de l’artisanat dans lequel certains (librairies, revues concurrentes, …) voudraient bien la cantonner. C’est pourquoi les responsables de la revue décident de s’affranchir du Groupe Tapisserie. Le signe extérieur de cet engagement est l’abandon du mot Driadi dans le titre. Seul reste Textile Art,  édité par l’association Textile/ Art/Langage, dont le numéro 1 paraît en octobre 1981. Ce qui n’empêchera pas le Groupe Tapisserie de continuer ses activités de promotion, notamment en aidant ses membres à participer à des expositions de groupe aussi bien en France qu’à l’étranger (Budapest, Szombathely, Courtrai, Aarschot, Hôtz, Kyoto, Tokyo, Osaka)

La revue sera un relais important en France des Biennales de Tapisserie de Lausanne qui, depuis 1963, défendent le mouvement de La Nouvelle Tapisserie. Les artistes de ce courant s’affranchissent des traditions, par des techniques inventées ou reprises à d’autres traditions (vannerie, patchwork,…) et réalisent des œuvres en trois dimensions, libérées du support mural. Les Biennales se teindront régulièrement jusqu’en 1995.

Si dans les premiers temps la revue était surtout disponible par abonnement et dans des lieux d’approvisionnement pour les lissiers (La Filothèque, Corderie Joly, Malourène) elle est alors présente aussi bien à la FIAC (Foire Internationale d’Art Contemporain) que sur les salons professionnels Indigo et Première Vision. Pour la poursuite de se développement, la rédaction tente, dans le numéro d’avril 1982, la publication d’un encart, le supplément appelé « tissu »,  qui se situe à l’interface entre création et industrie. Il  veut faciliter les liens entre les recherches artisanales et les nouveautés  industrielles, la connaissance mutuelle de ces deux mondes devant aider à la relance d’innovations dans la filière. C’est pour accompagner cette même ambition qu’un projet de centre de documentation se dessine.

En 1982, parallèlement, commence la collaboration avec les Manufactures nationales de tapis et tapisseries pour les  expositions « Identités Textiles » qui se tiennent à la Galerie nationale de la tapisserie de Beauvais, dans l’Oise. Chacun des catalogues de ses six expositions sont inclus dans des numéros de la revue d’octobre 1982 à avril 1985.

Le centre de documentation, appelé Centre International d’Art Textile ouvre à l’automne 1983, dans le 15e arrondissement de Paris. C’est un lieu de travail et de rencontre, une librairie et une bibliothèque, un espace de fabrication et de réflexion. Aux adhérents du centre le bulletin Motifs est envoyé. C’est aussi, pour l’association, une base de diffusion de ses publications vers les librairies et les professionnels. Sous l’impulsion de Catherine Périn, une autre association, Territoires, va à elle seule prendre en charge la distribution de la revue et des livres édités par Textile/Art/Langage. Puis l’idée d’une librairie indépendante, spécialisée dans les ouvrages professionnels sur le textile, va voir le jour.

D’abord initiée dans les locaux du 15e, elle a été prise en charge par Jean-François Mathieu et s’est installée rue des Jeûneurs dans le quartier textile du Sentier, sous le nom de Librairie Tee pee, en 1984, puis dans celui de la Bastille, à l’époque nouvellement envahi par des galeries d’art contemporain. C’est cette librairie qui a prolongé l’engagement de certains membres des origines jusqu’en 1992.

Dans les années 80, les publications du centre se poursuivent intensément par des livrets de séries de diapositives sur des artistes ou des expositions, des ouvrages complémentaires de la revue (Documents Sur) et des livres comme Le langage du Tissu de Patrice Hugues, en 1983 et Raison et Passion de Françoise Vincent-Ricard, en 1984.

L’année 1985 semble être difficile et des interrogations surgissent : « Nous nous retrouvons cependant au tournant de cette nouvelle alliance (Tapisserie et art textile, tissu artisanal et mode, histoire et nouvelle technologie) avec pour seule spécificité le textile, sans avoir atteint le grand public et sans correspondre non plus à des attentes très spécialisées. Notre tournant personnel est là : devons-nous faire plus la part à l’actualité en paraissant plus souvent ? Devons-nous éditer plusieurs publications correspondant à des publics plus ou moins larges ? » On peut lire celles-ci dans le premier éditorial de l’année. La revue annonce aussi qu’elle va faire un sondage auprès de ses lecteurs par le biais d’un questionnaire. On sent poindre une certaine solitude voire une certaine usure.

Deux beaux numéros, enrichis de dossiers paraissent cette année là, tandis que l’année 1986 est très riche en France pour le développement de la création textile autant dans les Arts plastiques que dans la mode : d’une part, une exposition sur l’art de la fibre au Musée des Arts Décoratifs, dont le commissaire est Michel Thomas, d’autre part l’ouverture du Musée de la Mode à Paris. Sans oublier l’enveloppement du Pont-Neuf par Christo. L’équipe se réjouit de voir que près de dix ans d’efforts à défendre une conception globale du textile ont porté leurs fruits dans ce domaine. Afin de continuer d’avancer dans la réflexion il lui faut évoluer pour toujours mieux informer ses lecteurs. L’avenir de la création n’autorise aucune situation acquise. Ainsi le numéro 18, premier de l’année 1986, effectue un changement de format (un peu plus grand) et une nouvelle maquette (plus aérée), en prévision d’un nouveau titre, Textile Art Industries. Ce mot supplémentaire, ajouté au titre, marque catégoriquement l’orientation qui est prise depuis quelque temps. La distribution, qui coûtait trop cher, est abandonnée et la revue compte essentiellement sur les abonnements pour vivre. Le centre de documentation situé rue Félix Faure rouvre ses portes sous un nouveau nom : Textile Art Centre Infos. Toute cette volonté de changement et de renouvellement aboutit finalement à deux numéros de Textile Art Industries, dont un double, bilingue français/anglais, qui inclue le catalogue de l’exposition de la Cité des Sciences et de l’Industrie : La mode, une Industrie de pointe, mais l’aventure s’arrête au début de l’année 1987.

Après quelques temps, l’importante collection du centre de documentation (livres et revues internationales, photographies, diapositives) a été donnée à la bibliothèque du Musée de la Tapisserie d’Angers qui l’a inclue dans ses collections.

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