Editorial

Denise BIGOT et ARELIS

 

Denise BIGOT, licier-créateur (elle avait choisi le masculin qui nous choque maintenant), qui fut très longtemps présidente d’ARELIS, est décédée il y a un an, le 12 décembre 2017, à 91 ans. A l’occasion de l’anniversaire de sa mort nous voulons nous remémorer le travail de cette créatrice qui ne s’est pas seulement fait connaître par ses œuvres, mais aussi par son engagement dans la promotion de la tapisserie.

Denise BENMUSSA, née à Tunis en 1926, est venue, en 1952, poursuivre ses études en France (histoire de l’art, archéologie, esthétique). Elle étudie le dessin à l’atelier Charpentier et est élève de l’affichiste Paul Colin. C’est peut-être lui, qui, ayant travaillé pendant quarante ans pour les arts de la scène et le monde du spectacle, lui donne le goût de la tapisserie ?

Elle devient sociétaire du Salon d’Automne, membre du Conseil d’administration, puis du Bureau de la Maison des Artistes et de la Commission professionnelle de la Maison des Artistes, membre du Conseil national des Arts Plastiques, présidente du Comité National Français des Arts Plastiques de l’AIAP/UNESCO. A une époque où la tapisserie est en plein renouveau dans les pays occidentaux, dont la France, elle va s’intéresser à celle-ci et obtenir un prix de la tapisserie française (Fondation Robert Four). Elle va rencontrer Denise Majorel et cette rencontre décisive est l’occasion, pour nous, d’évoquer cette période :

Denise Majorel avait créée avec Jean Lurçat l’association des peintres cartonniers qui va organiser de nombreuses manifestations en France et à l’étranger pour faire connaître de nouveaux créateurs de tapisseries. Puis, en collaboration avec Hélène David, elle avait ouvert, en 1950, la galerie La demeure qui rencontre un grand succès dans la présentation de tapisseries contemporaines, jusqu’en 1985. Parallèlement, au début des années 60,  Jean Lurçat, toujours très actif pour défendre la tapisserie, rencontre Pierre Pauli, alors directeur du Musée des arts décoratifs de la Ville de Lausanne, qui voulait donner une meilleure visibilité à la tapisserie contemporaine. Ils ont décidé la création du CITAM (Centre International de la Tapisserie ancienne et moderne) en 1961 et la mise en place d’une biennale.

La première Biennale de 1962 se voulait un état des lieux du renouveau européen de la tapisserie traditionnelle d’après-guerre. Elle soulignait le caractère mural de cet art, sa vocation monumentale et son lien étroit avec l’architecture. C’est pourtant Lausanne qui va devenir le point de convergence de la révolution de la tenture murale pendant trois décennies.

Dans ce contexte, Denise Bigot, s’investit dans l’association ARELIS, qui a été fondée en 1977 par Denise Majorel et dont le but est le développement, la connaissance et la diffusion de l’art de la tapisserie. C’est le premier exemple d’une association réunissant des artistes, des galeries et des journalistes. Le premier président en est André Parinaud et Denise Bigot la secrétaire. Dès le début ARELIS compte environ 100 adhérents. Tous les ans, de jeunes artistes principalement liciers-créateurs viennent la rejoindre. L’activité principale est l’organisation d’expositions tant en France qu’à l’étranger. Tout au long des années, ARELIS est devenue internationale, soit en comptant parmi ses adhérents des artistes étrangers, soit en invitant des artistes de toutes les nationalités. Denise Bigot a été présidente d’ARELIS de 1988 jusqu’à sa dissolution en 2011 et, durant tout ce temps, elle a été l’âme de l’association. On peut et on doit dire qu’ARELIS existait grâce à l’investissement personnel et au talent particulier de Denise à mener cette mission, dont d’ailleurs personne n’a repris le flambeau. Les artistes lui doivent beaucoup.

Denise Bigot, déterminée et convaincue, s’est investie totalement tout en continuant une œuvre personnelle, répondant à des commandes, réalisant essentiellement des œuvres en volume monumentales, mais aussi des mini-tapisseries.

Sous sa présidence, ARELIS crée des liens avec les pays d’Europe : 15 artistes allemands invités dans le cadre du Grand Palais à Paris, en 1983 ; l’association belge « Le Domaine de la Lisse » invitée à exposer également au Grand Palais, en 1990 ; expositions du travail d’artistes de quinze pays à la Maison de l’UNESCO, en 1986 et 1996. En 1992 ARELIS crée la 1er Biennale de la tapisserie à Beauvais ; à partir de 1994, les quatre biennales suivantes sont, à la demande du conseil générale de l’Oise, organisées dans le cadre du Festival de la tapisserie contemporaine où vingt trois pays sont représentés dans des expositions qui se tiennent dans différents lieux de la ville (manufactures de Beauvais, Galerie Nationale de la Tapisserie, musée départemental, la cathédrale, centre culturel François Mitterrand.) Pour compléter la liste des échanges avec les artistes étrangers mentionnons encore l’installation de « La Biennale ARELIS de tapisseries contemporaines et art textile » à la Cité Internationale des Arts, en 1998.

A partir de 1981, ARELIS avait organisé une exposition par an des œuvres des artistes de l’association sous le titre « Magie de la tapisserie ». A l’occasion de celle de 1988, il semble que Denise Bigot veuille faire le point sur les créations contemporaines en tapisserie qui ont été faites selon la notion de tapisserie prise en compte au cours des années 70 et 80. Elle écrit alors pour la brochure de 1988 : « Les années 80 s’achèvent et le temps est à la réflexion. Il faut revenir à des visions saines, éliminer les faiseurs de nœuds et bout de ficelles ou les mystificateurs qui ont voulu faire passer pour tapisserie ce qui n’était que bricolage et incompétence. » Autant dire qu’elle n’avait pas la langue dans sa poche. On peut penser que ces dires, assez incompréhensibles en regard de son œuvre personnelle, étaient en parti dirigés contre Textile/Art avec qui elle a eu d’importantes divergences d’appréciation. Pourtant, la suite de ses propos auraient pu être partagés par la revue « adversaire » : « L’important n’est pas de savoir si la tapisserie doit être murale ou spatiale, peinture ou sculpture. Le sens de la tapisserie est qu’elle s’affirme comme un Art à part entière. L’œuvre tissée n’est en aucun cas art décoratif : elle est un art authentique dans son expression. Il est important de dire qu’une œuvre tissée existe parce qu’elle ne pourrait exister autrement. » L’action de Denise Bigot s’est déroulée en parallèle de celle de Textile /Art. Les orientations et les champs d’action des deux associations n’étaient pas les mêmes, mais, pour les créateurs, elles étaient complémentaires. La limite étant que pour ARELIS, même si les matériaux sont divers et évoluent, le tissage doit être présent. Pour Textile/Art, l’accent est mis sur la spécificité inhérente au matériau textile et la manière dont les artistes s’en emparent. Les statuts de l’association précisent : ARELIS se fait une règle de n’accepter sur ces cimaises que des œuvres relevant du tissage sur cadre ou sur métier de haute ou basse lisse, qu’elles soient planes, en relief ou dans l’espace.

Disons encore que Denise Bigot avait l’ambition de créer une « Fédération européenne des associations d’art textile » afin d’unir les efforts pour faire connaître les artistes. « L’art ne se laisse pas enfermer ni sur le plan de l’expression ni sur le plan du territoire », écrivait-elle.

Nous regrettons que l’on ne trouve pas de documents sur Denise Bigot et l’association ARELIS sur la toile. C’est pourquoi notre site, qui se veut au service des créateurs et des chercheurs, a tenu à parler de ce celle qui a aidé tant de liciers et licières à se faire connaitre.

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